LE
VILLAGE DE BOUTERVILLIERS
SITUATION
Toujours dans notre secteur Pastoral à 10 kilomètres
de Dourdan, un joli petit village rural, Boutervilliers, 293 habitants,
686 hectares, altitude 150 mètres, situé au sud-ouest du
département de l'Essonne, le territoire de la commune est à
la fin d'un plateau venant de Chartres jusqu'à Etampes ; plateau
tombant brusquement de 40 mètres dans une vallée étroite
dont le plafond n'a que 20 à 80 mètres de large.
Comme sur tous les hauts plateaux , l'air est sec, les
vents répétés, les pluies rares mais abondantes, la
vallée est très différente.
Au cœur du village une belle croix de pierre est abritée
par trois tilleuls.
La mare (asséchée) occupait toute
la grande place, objet de sollicitude compréhensible dans un lieu
aussi aride, elle servait à abreuver les bestiaux ; elle était
alimentée par les eaux des chemins et des cours, le purin s'y déversait.
Pour les besoins ménagers, les habitants avaient
recours à quelques citernes qui recevaient l'eau des toits et à
l'ancien puits du château, mais cela était insuffisant, les
habitants descendaient dans le bas de la côte du Puits, ( à
l'ancien puits de Cenive) .
La source de la Louette située aux Boutards, commune
de Châlo-Saint-Mars et à 2 km de Boutervilliers, première
eau surgissante de la vallée, était mise à contribution
tout l'été et charriée avec des tonneaux attelés.
Rarement par des pluies continuelles et surtout par certains dégels
ou la fonte brusque des neiges, l'eau coule pendant plusieurs jours dans
les ravins qui fendent la côte, au point même que tous les
10 ans la vallée est envahie une journée ou deux par les
eaux.
La flore sous bois, sur la côte exposée
au soleil, est considérable et très belle, certains endroits
ont l'aspect des forêts des contrées chaudes, toutes espèces
de champignons y croissent en abondance.
HISTORIQUE
Malgré la réalisation du nouveau lotissement,
le village est en forme de croissant dont le centre est à 400 mètres
de la route nationale. Les constructions anciennes sont concentrées,
les habitations sont vastes, les murs de clôture très élevés.
Il y a une vingtaine d'années, en dehors du village,
il n'y avait aucune construction si ce n'était la tour de Cenive.
La route nationale 191 de Mantes à Corbeil, traversant
le territoire de l'est à l'ouest, établie en 1886, ne passe
pas par le village, probablement par la volonté politique de l'époque.
Pas très loin de la RN 191, on trouve "Toureau",
ancien fief des Rois, devenu ensuite propriété des Célestins
de Marcoussis, comme tant d'autres terres à blé de l'Essonne,
puis la ferme de "Champdoux", bien donné jadis à la collégiale
Notre-Dame.
La D82 allant de Bruyères le Chatel à Châlo-Saint-Mars
est classée depuis 1861, le parcours de la côte a été
modifié en 1897 pour en diminuer la pente.
On peut apercevoir la pittoresque tour de Cenive, minuscule
vestige de la puissance féodale, perchée au milieu des bois
sur une taupinière semée de roches bizarres.
Les restes du vieux château (à côté
de l'église) n'ont plus rien d'intéressant, la dernière
tour a disparu en 1867.
Le château avait été remanié
avant la Révolution. Les bassins du parc ont été détruits.
L'église est modeste et ne semble pas pouvoir se dégager
de la pesanteur des guérets alors que non loin de là, les
Granges-le-Roi et la Forêt le Roi ont des clochers altiers, ici l'église
ne se distingue pas du reste des autres toitures du village.
La seigneurie appartenait, au XII ième siècle,
a une famille de Boutervilliers (Boutarvilliers), dont un représentant
tenait un fief de la part du roi Philippe-Auguste, ( Robinet de Boutarvilliers
fut tué le 25 octobre 1415 ), à la bataille d'Azincourt.
En 1192 Jean de Boutarvilliers est témoin dans
un acte pour l'abbaye de Morigny, et en 1197, il cède à l'abbaye
des Vaux de Cernay ses droits sur un pressoir d'Etampes.
On trouve des seigneurs de Boutarvilliers signant des
actes de donation, cédant des rentes ou faisant des ventes comme
le comte Jean Batiste de la Borde, député du tiers état,
quoique seigneur, prévoyant la catastrophe qui va atteindre la grande
propriété, vend ses biens vers février 1793.
Le territoire de la commune émergé des
eaux a été submergé de nouveau plusieurs fois, même
à l'époque habitée comme l'indiquent les couches
de terrains calcaires, siliceux dans lesquelles on trouve, sous l'alluvion,
des restes d'animaux, des armes et des bijoux en pierre.
Des travaux ont mis à jour une cheminée
volcanique. Les habitants vivaient en partie sous les rochers et entre
les roches rapprochées, sur lesquelles ils posaient des troncs d'arbres
qu'ils recouvraient de branches et de terres. Les traces de ces habitations
existent encore sur les deux versants de la vallée. On a découvert
des abris sous roches au cours des travaux entrepris pour rectifier la
route de Chalo sur laquelle il y a ce pont curieux, fait de géodes
et de grès.
Les Romains établirent un camp au milieu de ces
demeures primitives. A mi-côte, une roche principale porte encore
le nom de roche à César. Ils s'installèrent sur la
côte faisant face au soleil.
On construisit des fermes voire même une villa
dans un endroit admirable dominant le fond extrême de la vallée
habitée (on trouve encore des vestiges suffisants pour établir
le plan de l'ancien village, le puits qui le desservait existe encore).
Les Gaulois ont laissé derrière eux des
poteries et la période gallo-romaine, des armes et des bijoux, des
monnaies de Domitien à Constantin, des fragments de poterie samienne
découverte au lieu dit "le château", tandis que les Francs
se signalent par les fers et poteries, produits de leur rudimentaire industrie.
Les inondations chassant les habitants de la vallée, le village
se déplace et prend le nom du château de Boutarvilliers.
Du moyen-âge on trouve ces grandes granges bâties
en pierre de taille, aux portes moulurées qui ressemblent à
des granges à dîmes ou à champarts.
La monarchie à son apogée, va à
son tour marquer son empreinte jusque dans les lieux les plus reculés.
Le vieux château se modifie en 1663 ; à
côté une grande et belle ferme est construite.
Les industries complémentaires de l'agriculture
se développent.
L'EGLISE
"L'épaisse église semble une basse maison"
(Charles Péguy)
C'est ainsi que l'on peut décrire l'église
de Boutervilliers, c'est l'ancienne chapelle du château, elle est
belle et accueillante.
Encastrée dans une ferme, elle se compose d'une
nef ajourée, d'un transept éclairé par deux ouvertures
de même forme et d'un choeur garni de boiseries et fermé en
carré d'un rétable Louis XIII, derrière lequel l'abside
sert de sacristie (restaurée récemment par la municipalité).
On y trouve un tableau du XVIII ième représentant
Sainte Anne et la Vierge Marie, la teinte des placards est assortie à
celle du tableau.
A droite et à gauche du transept, deux chapelles
parallèles au maître-autel, dont l'une au moins a du être
la chapelle du seigneur. Le clocher n'est autre qu'un pigeonnier restauré.
Il est bien difficile d'assigner à ce monument un âge approximatif,
contrairement aux autres églises du secteur, il n'y a pas de colonne
ni d'ornement, seul un fragment de chapiteau côté gauche de
la nef à l'endroit où s'adosse le clocher porte la mention
1545.
La porte latérale qui donne accès dans
la nef a son cintre surbaissé ainsi que les baies ajourant le clocher
accolé à droite de la porte. A l'intérieur, il y a
une chaire à prêcher et son abat-voix, un joli rétable
du XIX ième siècle avec une Vierge présentant l'enfant
Jésus, une gravure du XIX ième siècle, évoquant
la Sainte Famille, une très ancienne Vierge en bois sculpté
avec Jésus crucifié sur ses genoux, elle aurait été
retrouvée dans les champs du Fond de Toureau et proviendrait de
l'ancien prieuré Notre Dame de toutes aides, au nord du village
et détruit peu après la révolution.
A
côté des fonts baptismaux il y a une petite statue du XVII
ième siècle, la Vierge et l'Enfant ont tous deux perdu leur
couronne.
Une statue de la Vierge en argent est conservée
religieusement chez un paroissien et est emmenée dans l'église
lors des grandes fêtes, et durant le mois de Marie.
C'est sous le règne de Louis XIV que l'église
fut décorée et dédiée à Saint Jean-Baptiste.
Au fil des ans, complètement délabrée, elle a été
restaurée et embellie de 1934 à 1936 grâce au
travail et à la générosité de trois familles
de Boutervilliers.
LA CULTURE
Malgré les grandes saignées qu'ont subies
les habitants pendant la Révolution et l'Empire, on continue à
cultiver pour le propriétaire comme pour le seigneur, (en 1848 une
compagnie de garde nationale est créée), la culture progresse
pendant que les autres industries disparaissent.
Commune agricole, Boutervilliers l'a toujours été
et le demeure. Les céréales, le colza et la betterave sont
toujours les cultures principales des sept grosses exploitations actuelles,
qui ont résisté à l'âpreté de la compétition
nationale et internationale, en s'adaptant aux facilités mais aussi
aux exigences qu'entraîne le progrès scientifique. Si l'agriculture
avec cheval a disparu, ce sont les ordinateurs qui ont pris place dans
l'outillage de l'entreprise.
Il faut tout calculer, s'informer et prévoir.
Ce survol rapide montre l'esprit d'adaptation de la population, très
attachée à sa terre.
VIE CONTEMPORAINE
Enfin pour les marcheurs, amoureux de la nature, de détente
et de paix, un magnifique circuit de randonnée traverse la commune
entre la ferme du Tronchet (où vécut Alfred de Vigny) et
la tour de Cenive, traversant les bois de la Montagne, des Closeaux, la
vallée des Grès, le bois de la grande Côtière
pour atteindre le Plessis Saint Benoist ou la Forêt le Roi.
Ne pas oublier de s'arrêter à l'auberge
de Boutervilliers rare survivante de la vie des villages ! Avec le
GR 111 on peut également tout en longeant la vallée de la
Chalouette, rejoindre Chalou-Moulineux où l'on découvre le
site de la fontaine Sainte Apolline avec sa source, son lavoir et la statue
de la Sainte.
Belles randonnées permettant d'alterner passages
en forêts et dans les champs, traverser des villages, longer des
mares et des puits, apercevoir des moulins à eau, s'arrêter
près des lavoirs, enjamber des ponts sur la Chalouette et se recueillir
au pied des calvaires, un petit coin de Paradis quoi ! !
